Réponse extraite du podcast Propulsion d'Entreprise - Succès et Croissance Pour Les Entreprises de Services et Construction — écoute l'épisode complet ci-dessous.
Les ouvriers de chantier perçoivent rapidement une différence de traitement fondamentale par rapport aux employés de bureau : ils ne sont pas invités aux mêmes événements, il y a des dîners au bureau mais rien sur le chantier. Ce sentiment d'exclusion les place mentalement en bas de l'échelle hiérarchique et les fait se sentir facilement remplaçables, ce qui constitue une cause majeure de pénurie de main-d'œuvre qualifiée.
Ces différences, en apparence mineures, créent un fossé psychologique considérable. Un ouvrier qui voit les employés de bureau réunis autour d'un repas de travail ou d'une activité d'équipe, sans jamais être inclus, commence à construire une narration : « je ne suis pas vraiment partie de cette entreprise ». Ce ne sont pas des détails de gestion, ce sont des signaux puissants sur la valeur qu'on lui accorde.
Comme Mathieu l'explique dans le podcast, cette perception d'être traité comme un prestataire jetable plutôt que comme un membre de l'équipe pousse les ouvriers qualifiés à chercher d'autres employeurs. La rétention ne dépend pas seulement des salaires ou des horaires — elle dépend aussi de sentir qu'on appartient quelque part.
Beaucoup d'entrepreneurs en construction répliquent la structure qu'ils ont vécue comme employés : une hiérarchie entre le « bureau » et le « terrain ». Ils ne réalisent pas que cette séparation, qui semblait normale il y a dix ans, repousse aujourd'hui les meilleurs profils. Les jeunes ouvriers, en particulier, recherchent des environnements où on les reconnaît aussi comme des personnes, pas juste comme de la main-d'œuvre.
Un détail supplémentaire révélé dans cet épisode : Mathieu a travaillé sur des projets de 50 à 100 millions de dollars et des petites équipes de trois employés. Cette expérience lui permet de voir clairement que même les plus petits gestes d'inclusion — une invitation, une reconnaissance, une activité partagée — changent profondément comment un ouvrier se voit au sein de l'organisation.
"Je ne suis pas ici pour me tuer, je suis ici pour travailler on est capable de le faire sécuritairement."
Mathieu — Consultant en ressources humaines et rétention d'employés. Avec plus d'une décennie d'expérience dans l'industrie de la construction, Mathieu a navigué tous les échelons, des petites entreprises résidentielles aux mégaprojets commerciaux. Il applique maintenant son expertise pour aider les entreprises de construction à transformer leur approche de la rétention et de la culture d'équipe.
Cette citation résume l'attente des ouvriers modernes : travailler dans la dignité et la sécurité, pas comme une ressource sacrifiable. Les entreprises qui ignorent cette attente accélèrent leur turnover et se retrouvent avec une pénurie qui paraît inévitable — alors qu'elle est en réalité une conséquence directe de leurs choix de gestion.
Le point clé : l'inégalité de traitement n'est pas une question de justice abstraite, c'est un facteur économique concret qui détermine si tu gardes tes meilleurs ouvriers ou si tu les perds au profit d'un concurrent. Et comme Mathieu le détaille plus largement dans l'épisode, les leviers concrets pour corriger cela n'exigent pas des budgets énormes — juste une intention claire de reconnaître que le terrain fait partie de l'équipe.
Mathieu suggère de penser à soi comme employé et de recréer les conditions qu'on aurait soi-même voulues : esprit d'équipe, petites sorties comme des moments de partage simples mais significatifs.
Souvent, les petits entrepreneurs ayant quitté un emploi antérieur pour créer leur entreprise reproduisent la structure et les pratiques qu'ils ont vécues, sans se demander si ces modèles attirent vraiment les talents.
Mathieu affirme que les jeunes souhaitent de plus en plus un environnement sécuritaire. Il a lui-même refusé des situations où on lui disait de travailler sans protection adéquate.