Réponse extraite du podcast Slow Marketing - Le podcast des CMO à impact — écoute l'épisode complet ci-dessous.
L'accessibilité numérique ne profite pas qu'aux personnes en situation de handicap permanent. Les déficiences situationnelles ou temporaires — se casser un bras, souffrir d'une migraine, traverser une dépression — créent des besoins d'accessibilité réels et temporaires. Même les gauchères confrontées à une interface pensée uniquement pour droitiers, ou une personne atteinte d'arthrose qui peine à manipuler sa souris, bénéficient directement des standards d'accessibilité.
Selon Arnaud Poffé, invité dans Slow Marketing, l'accessibilité dépasse largement le cadre du handicap permanent. Une fracture du bras pendant six semaines vous ramène à une seule main disponible — exactement comme une personne en situation de handicap moteur. Une migraine rend la lecture d'un document complexe épuisante. Une dépression engendre un déficit cognitif qui transforme l'utilisation d'une application en épreuve de concentration.
L'arthrose, maladie très courante avec l'âge, complique l'utilisation fine des mains. Les situations de handicap temporaire ou situationnel ne sont donc pas des cas marginaux — ce sont des expériences que presque chacun vit ou vivra à un moment de sa vie. Rendre une interface accessible pour ces cas, c'est bénéficier à des millions d'utilisateurs temporairement en difficulté.
"L'accessibilité, c'est 50% de design et 50% de code. Il y a une partie qui va se passer en design et il y a une partie qui va se passer en code."
Arnaud Poffé — UX ergonome et Lead Designer chez Smile, spécialisé en accessibilité numérique. Il possède une formation en développement front-end et a participé à la certification WCAG 2.2 du site de la STIB (réseau de transport bruxellois) en tant que designer principal, coordonnant une équipe pluridisciplinaire pour mettre en conformité la plateforme avec les standards d'accessibilité.
Arnaud Poffé précise aussi qu'il illustre dans l'épisode comment les standards comme WCAG 2.2 (55 critères d'accessibilité) ne sont jamais des contraintes isolées au design : c'est un dialogue constant entre la recherche UX, les décisions de design et la réalité du code. Ignorer l'accessibilité, c'est volontairement restreindre l'accès à votre produit à une partie croissante de vos utilisateurs — en particulier à mesure qu'ils vieillissent.
Cette perspective universelle de l'accessibilité s'aligne avec les obligations légales : le podcast détaille aussi comment la loi européenne d'accessibilité (depuis 2019) et les référentiels comme le RGA en France (106 critères par page) reflètent cette compréhension : l'accessibilité n'est pas une faveur envers les personnes handicapées, c'est une nécessité pour une web inclusif par défaut.
Comprendre que l'accessibilité profite à tous, même temporairement, change radicalement l'approche des designers et développeurs. Ce n'est plus une case à cocher pour se conformer à un standard, c'est une philosophie de conception qui place l'utilisabilité au cœur du produit, peu importe le contexte ou l'état physique de l'utilisateur à un moment donné.
Ce changement de mentalité est d'ailleurs au cœur de ce qu'Arnaud Poffé a appelé sa posture d'« Accessibility Conscientious » plutôt qu'« expert » — une nuance importante qui reflète une accessibilité vécue comme une responsabilité continue, intégrée à chaque décision, et non comme un domaine séparé maîtrisé par quelques spécialistes.
Il y a trois niveaux : le niveau A (utilisation des bons standards), le niveau AA (double A, qui prend en considération tous les types de déficience) et le niveau AAA pour une conformité maximale.
La WCAG 2.2 est le standard d'accessibilité international regroupant 55 critères. Pour la STIB, un service public bruxellois, le défi principal a été de former les équipes à parler le même langage et de coordonner une approche pluridisciplinaire.