Épisode de 41m² - Le podcast de l'investissement immobilier et des finances perso · Publié le 7 juillet 2026 · ⏱ 9 min de lecture
Patrick Maurice, fondateur de Dougs, revient sur le plateau de 41m² pour démêler l'une des questions les plus structurantes de l'investissement immobilier : quelle enveloppe juridique choisir — et surtout, quand, et pourquoi. SCI, SARL de famille, nom propre, IR ou IS : l'expert décrypte les mécanismes, les pièges et les nouvelles échéances réglementaires qui changent la donne en 2026.
Ce que révèle cet épisode
À mesure que la fiscalité immobilière se complexifie, le choix de la structure juridique devient aussi stratégique que le choix du bien lui-même. C'est la thèse que Patrick Maurice, à la tête d'une des premières plateformes de comptabilité en ligne en France avec plus de 40 000 clients, défend avec précision dans cet épisode. Il oppose deux logiques : celle du particulier qui cherche le taux le plus bas et rembourse vite, et celle de l'investisseur éclairé qui privilégie la durée, la flexibilité et l'optimisation fiscale à long terme.
La SCI émerge comme le véhicule de référence non parce qu'elle est universellement supérieure, mais parce qu'elle offre une durée de vie propre — 99 ans renouvelables — et une séparation nette entre la personne et le patrimoine. Contrairement à la SARL de famille, elle n'exige pas de lien familial entre associés et peut accueillir une holding, ce qui la rend particulièrement adaptée aux entrepreneurs souhaitant investir leurs bénéfices professionnels sans passer par la case impôt sur le revenu.
L'épisode aborde également un sujet souvent négligé : la rigidité des changements de structure en cours de route. Passer du nom propre à une société après acquisition revient à simuler une vente — avec les droits d'enregistrement correspondants, soit environ 8 % de la valeur du bien. Un coût qui plaide pour anticiper la structure avant de signer chez le notaire, pas après.
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Pourquoi cet épisode compte
La question de la structure juridique a longtemps été reléguée à l'étape de l'optimisation avancée, réservée aux investisseurs "sérieux". Cet épisode inverse la perspective : choisir entre nom propre, SCI et SARL de famille n'est pas un détail comptable, c'est une décision fondatrice qui conditionne la transmission, la gestion en cas de désaccord entre associés, et la fiscalité à la revente. Patrick illustre ce point par un cas de jurisprudence récent, quasi édifiant : un couple ayant loué deux semaines en meublé via une SCI à l'IR s'est retrouvé requalifié à l'IS par l'administration fiscale, avec un avantage en nature réclamé sur l'occupation gratuite du bien.
L'épisode s'impose aussi par sa valeur d'alerte réglementaire. La facturation électronique — souvent perçue comme une contrainte des entreprises "classiques" — concerne directement les SCI, les LMNP et les SARL de famille dès l'automne 2026. Dougs, qui accompagne 2 300 nouveaux clients chaque mois, observe que nombre d'investisseurs ne sont pas encore informés de ces échéances, ni des sanctions alourdies par la loi de finances 2026.
Quand on est particulier, on veut le taux le plus bas et rembourser vite. Quand on devient un investisseur éclairé, on se fiche du taux et on veut la durée la plus longue. Ce sont deux états d'esprit totalement opposés — et c'est là que tout commence.
Enfin, la remise en cause du LMNP à l'IR comme valeur refuge est peut-être l'enseignement le plus contre-intuitif de l'épisode. Longtemps considéré comme le meilleur des deux mondes — amortissements pendant la détention, plus-value des particuliers à la sortie — ce régime a été profondément réformé. Les amortissements sont désormais réintégrés dans le calcul de la plus-value, effaçant l'un de ses principaux avantages et obligeant à reconsidérer l'arbitrage IR/IS sur des bases entièrement nouvelles.
Cet épisode répond à ces questions
Qu'est-ce que la facturation électronique et quelles sont les échéances à respecter pour les investisseurs immobiliers en France ?
La facturation électronique est un système obligatoire imposé par l'État où toutes les entreprises, SCI, LMNP et SARL de famille devront passer par une plateforme agréée pour recevoir puis émettre des factures. La première échéance est septembre 2026 : il s'agit uniquement d'une inscription sur une plateforme agréée pour être en mesure de recevoir des factures. La deuxième échéance est septembre 2027 : il faudra également être capable d'émettre des factures électroniques.
Quelles sont les amendes prévues en cas de non-conformité à la facturation électronique ?
Les amendes ont été doublées avec la loi de finances 2026 pour les entreprises et sociétés non enregistrées sur une plateforme agréée. Patrick précise qu'il est inutile de résister ou de pétitionner, car c'est une directive qui s'applique déjà dans d'autres pays comme la Belgique, l'Espagne, l'Italie et le Mexique.
Quelle est la différence entre acheter un bien immobilier en nom propre et via une société ?
Acheter en nom propre signifie que c'est la personne physique qui est propriétaire, avec des options fiscales très limitées en France, principalement le LMNP. Passer par une société crée une entité juridique distincte qui peut acheter, emprunter, encaisser des loyers et durer 99 ans renouvelables, indépendamment de qui détient les parts, ce qui ouvre beaucoup plus de liberté en matière de gestion patrimoniale et fiscale.
Quelle est la différence entre une SARL de famille et une SCI pour investir dans l'immobilier ?
La SARL de famille est réservée aux membres de la famille directe (parents, enfants, frères, sœurs) et ne peut être utilisée que pour de la location meublée. La SCI, elle, peut louer nu ou meublé, accueillir des associés non familiaux, voire une holding, et être soumise à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés. Chez Dougs, 95 % des investisseurs optent pour la SCI, notamment parce que les entrepreneurs y associent leur holding.
Peut-on louer ponctuellement en meublé de vacances avec une SCI à l'impôt sur le revenu ?
Non, c'est fortement déconseillé. Un arrêt de jurisprudence récent a montré qu'un couple ayant loué deux fois deux semaines en meublé saisonnier avec leur SCI à l'IR a subi un contrôle fiscal : l'administration a basculé la SCI à l'IS, réclamé un avantage en nature sur l'occupation gratuite du logement et recalculé la plus-value en conséquence. Patrick qualifie ce cas de « massacre » et insiste sur le fait que même une location très courte peut déclencher cette requalification.
Est-il possible de changer de structure juridique en cours d'investissement immobilier, par exemple passer du nom propre à une société ?
Passer du nom propre à une société est très complexe et coûteux : il faut repasser chez le notaire et payer environ 8 % de droits d'enregistrement comme si on vendait le bien à un tiers. À l'intérieur du monde des sociétés, les transformations sont plus flexibles mais restent délicates selon le type de structure. Patrick recommande donc de choisir la bonne structure dès le départ.
Quels sont les avantages pour un entrepreneur d'investir dans l'immobilier via une holding plutôt qu'en nom propre ?
Un entrepreneur peut remonter les bénéfices de sa société dans une holding personnelle avec une fiscalité quasi nulle : la quote-part de frais est de 5 % soumise à 15 % d'IS, soit environ 0,75 % d'impôt effectif sur les sommes remontées. Cette holding peut ensuite apporter des fonds à une SCI pour investir dans l'immobilier, sans impôt sur le revenu, sans IS supplémentaire et sans CSG, ce qui permet d'investir avec des capitaux quasi bruts.
Pourquoi Patrick de Dougs déconseille-t-il le régime micro-LMNP et recommande-t-il le régime réel LMNP ?
Patrick affirme ne pas comprendre pourquoi des investisseurs choisissent le micro-LMNP, qui applique un simple abattement forfaitaire sur des revenus qui restent imposables. Le régime réel LMNP permet au contraire de déduire les charges réelles et d'amortir le bien, ce qui peut effacer fiscalement la quasi-totalité des revenus locatifs. Il estime que 99 % des investisseurs en meublé devraient opter pour le réel plutôt que d'accepter une base imposable inutilement élevée.
Qu'est-ce qui a changé récemment dans la fiscalité du LMNP et pourquoi l'arbitrage IR versus IS est-il moins évident qu'avant ?
Avant la réforme, le LMNP à l'IR permettait de bénéficier des amortissements pendant la détention et de retrouver la fiscalité des particuliers (plus-value des particuliers) à la revente. Ce mécanisme a été modifié : les amortissements déduits sont désormais réintégrés dans le calcul de la plus-value à la sortie, sauf pour certaines résidences services (seniors, étudiantes). Cela rapproche la fiscalité de sortie du LMNP IR de celle de l'IS, rendant l'arbitrage entre les deux régimes beaucoup moins favorable au LMNP IR qu'auparavant.