38 min Durée
29/06/26 Date
2 expertes Intervenantes
Yoga MIS Podcast

À propos de cet épisode

Reprendre le sport après une pause forcée — blessure, grossesse, épuisement, vie familiale surchargée — est souvent bien plus qu'un défi physique. C'est d'abord une question d'identité. Lorsqu'une personne s'est longtemps définie comme sportive, l'arrêt crée un vide qui touche au cœur de ce qu'elle est, pas seulement à ce qu'elle fait. Ce décalage entre l'image de soi passée et la réalité présente peut provoquer culpabilité, perte d'estime de soi, et une paralysie qui rend la reprise encore plus difficile.

Dans cet épisode du podcast Yoga Made In Sports, Aurelie Foin — coach spécialisée dans les passages de cap pour dirigeants — éclaire les mécanismes neurologiques et psychologiques à l'œuvre. Elle explique comment le sport nourrit des besoins fondamentaux via quatre systèmes : la dopamine (motivation, anticipation de la récompense), la sérotonine (reconnaissance sociale, sentiment d'exister), l'ocytocine (lien et appartenance), et les endorphines (régulation de la douleur et du bien-être). Quand le sport disparaît, ces besoins restent non comblés — ce qui explique la détresse souvent ressentie au-delà de la simple frustration physique.

L'épisode propose une approche en deux temps : d'abord accueillir ce qui est, sans se juger, en reconnaissant la phase de transition comme légitime. Ensuite, identifier ce que le sport venait réellement nourrir et chercher d'autres voies pour y répondre, avant de reconstruire progressivement une pratique adaptée à la personne que l'on est devenue. Un exercice concret est proposé : écrire dans un carnet pour donner la parole aux parties de soi qui jugent ou qui ont peur, afin de les intégrer plutôt que de les combattre.

L'épisode aborde également la distinction entre ce que l'on fait, ce que l'on a et ce que l'on est — trois registres identitaires qui, lorsqu'ils sont confondus, fragilisent la confiance en soi dès que les performances changent. Apprendre à ancrer son identité dans le registre de l'être plutôt que dans celui du faire permet de traverser les transitions sportives avec plus de solidité.

Questions fréquentes sur la reprise sportive et l'identité

Pourquoi est-il si difficile de reprendre le sport après une longue pause ?

La difficulté dépasse le plan physique : l'arrêt touche l'identité. Quand on se définissait comme sportive, cesser de pratiquer crée un vide identitaire profond. S'y ajoutent la peur de se reblesser, la culpabilité de ne plus performer, et une charge mentale souvent alourdie par la vie familiale ou professionnelle. Le cerveau interprète cette perte comme un manque de reconnaissance, ce qui peut faire chuter l'estime de soi et bloquer toute tentative de reprise.

Quel est le lien entre sport et identité personnelle ?

Le sport remplit des fonctions identitaires profondes : il nourrit la reconnaissance sociale via la sérotonine, l'appartenance au groupe via l'ocytocine, la motivation via la dopamine, et le bien-être via les endorphines. Lorsqu'une personne se définit comme sportive, cette pratique devient une part centrale de son « qui je suis ». Sa disparition soudaine peut provoquer une crise identitaire similaire à la perte d'un rôle social majeur.

Comment retrouver sa motivation sportive après une blessure ou une grossesse ?

La première étape est d'accepter l'état présent sans se juger. Il s'agit ensuite d'identifier ce que le sport venait nourrir (lien social, fierté, régulation émotionnelle) et de chercher des activités adaptées répondant aux mêmes besoins. Se fixer de petits objectifs basés sur la régularité plutôt que sur la performance permet de reconstruire la confiance progressivement, sans chercher à retrouver immédiatement le niveau d'avant. Le podcast Yoga Made In Sports explore ces pistes en détail avec Aurelie Foin.

Qu'est-ce que le deuil des performances sportives et comment le traverser ?

Le deuil des performances sportives est le processus d'acceptation que l'on ne retrouvera pas immédiatement — parfois jamais — les sensations, le corps ou les capacités d'avant une pause ou une blessure. Le traverser implique de reconnaître la perte comme réelle et légitime, de ne pas la minimiser, puis de redéfinir ce que la pratique sportive signifie aujourd'hui. Ce travail psychologique est distinct de la progression physique et doit souvent le précéder.

Dopamine, sérotonine, ocytocine, endorphines : quel rôle dans la pratique sportive ?

Ces quatre neurotransmetteurs jouent des rôles distincts dans la relation au sport : la dopamine alimente la motivation et l'anticipation de la récompense, la sérotonine régule le sentiment de reconnaissance et de valeur sociale, l'ocytocine renforce le lien social et le sentiment d'appartenance à un groupe, et les endorphines procurent le bien-être et atténuent la perception de la douleur à l'effort. Quand l'activité sportive cesse, ces quatre leviers sont simultanément privés de leur principal activateur.

Comment fixer de bons objectifs pour reprendre le sport sans se décourager ?

Privilégier la régularité sur la performance est le principe central : un objectif de fréquence (pratiquer trois fois par semaine, même 20 minutes) est plus efficace qu'un objectif de résultat (courir 10 km) pour reconstruire une pratique durable. Réduire la charge de décision — par exemple en préparant ses affaires la veille — diminue l'effort mental nécessaire et augmente la probabilité de passer à l'action. Les petites victoires répétées rechargent la confiance progressivement.

La peur de se reblesser est-elle normale après une blessure sportive ?

Oui, la kinésiophobie — peur du mouvement liée à l'anticipation d'une nouvelle douleur ou blessure — est une réponse psychologique fréquente et documentée après un épisode traumatique physique. Elle peut inhiber la reprise bien au-delà de la guérison physique effective. Reconnaître cette peur comme une réaction normale du système nerveux, plutôt que comme un signe de faiblesse, est une première étape pour la dépasser progressivement avec un accompagnement adapté.

Peut-on être sportive autrement qu'avec ses activités d'avant ?

Absolument. L'identité sportive peut se réexprimer dans des formes de mouvement très différentes de celles pratiquées avant une pause : yoga, marche active, escalade, canyoning, natation douce, ou toute autre activité qui répond aux mêmes besoins fondamentaux — plaisir, lien social, dépassement de soi, régulation émotionnelle. Ce qui compte n'est pas la forme de la pratique, mais les besoins qu'elle nourrit. Changer de pratique n'est pas abandonner son identité sportive, c'est la réinventer.

Questions complémentaires

Ces trois registres identitaires (faire, avoir, être) structurent différemment la confiance en soi. Lorsque l'identité repose majoritairement sur ce qu'on fait (courir, pratiquer le sport), elle devient très vulnérable dès que cette activité est interrompue. Ancrer davantage son identité dans le registre de l'être — ses valeurs, sa manière d'aborder les défis, sa capacité à s'adapter — offre une base plus stable qui résiste aux transitions et aux aléas de la vie.
La culpabilité surgit lorsque l'image de soi (« je suis sportive ») entre en conflit avec la réalité présente (« je ne pratique plus »). Ce décalage cognitif génère une tension inconfortable que le cerveau interprète comme une forme d'échec moral. Elle est souvent aggravée par des injonctions sociales autour de la discipline, du dépassement de soi ou de la performance. Reconnaître que l'arrêt est le fruit de circonstances et non d'un défaut de caractère est un premier levier pour dissoudre cette culpabilité.
Le passage à l'action sportive nécessite une charge de décision — trouver sa tenue, préparer son sac, choisir son activité — qui, ajoutée à la fatigue ou à la résistance intérieure, peut suffire à décourager. Préparer ses affaires la veille réduit cette charge décisionnelle à zéro au moment d'agir, en activant un comportement planifié plutôt qu'une décision spontanée. Cette stratégie simple exploite les mécanismes d'intention d'implémentation, documentés en psychologie comportementale pour améliorer le suivi des habitudes.
Un coach spécialisé dans les passages de cap travaille sur les blocages psychologiques qui empêchent d'avancer lors de transitions importantes — professionnelles ou personnelles. Dans le contexte sportif, ce type d'accompagnement aide à identifier les croyances limitantes liées à la reprise (« je suis trop vieille », « je n'y arriverai jamais comme avant »), à comprendre les besoins non comblés par l'arrêt, et à construire un plan de reprise aligné avec qui l'on est aujourd'hui, et non avec qui l'on était avant la pause.
L'exercice proposé dans l'épisode consiste à ouvrir un carnet, écrire « Bienvenue et merci » en haut de la page, puis laisser s'exprimer librement la partie de soi qui critique, qui doute ou qui a peur. Cette technique de journaling accueillant vise à externaliser le dialogue intérieur négatif plutôt que de le réprimer. En lui donnant la parole sur le papier, on réduit son pouvoir inhibiteur et on crée une distance psychologique propice à l'observation sans jugement — première étape vers l'action.

Les intervenantes

Aurelie Foin

Invitée · Coach de dirigeants

Spécialisée dans l'accompagnement des passages de cap, Aurelie Foin travaille avec les dirigeants sur les transitions identitaires et les blocages liés au doute. Elle explore dans cet épisode comment les mécanismes psychologiques et neurologiques influencent notre rapport au sport et à l'identité.

Yoga Made In Sports

Podcast · Animatrice

Yoga Made In Sports est un podcast dédié aux sportives qui souhaitent intégrer le yoga, le bien-être et la réflexion sur l'identité corporelle dans leur pratique. La série explore le lien entre corps, performance, et santé mentale avec des expertes engagées.

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Disponible sur toutes les plateformes d'écoute