Cover du podcast Tendances INNO — Accessibilité numérique

Tendances INNO · Docaposte

Accessibilité numérique : construire un web pour tous

Avec Olivier Keul, expert en accessibilité numérique chez Temesis : pourquoi la grande majorité des sites web reste inaccessible aux personnes handicapées, quelles obligations légales s'appliquent, et comment construire un numérique véritablement inclusif.

Accessibilité numérique RGAA Inclusion Handicap RSE WCAG
📅 10 mars 2025 ⏱ 1h 01min 🎙 Temesis · Docaposte
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4
grandes catégories de handicap couvertes par les WCAG
W3C — WCAG 2.2
2025
Entrée en vigueur de l'Acte européen d'accessibilité (EAA) pour le secteur privé
Directive UE 2019/882
3
niveaux de conformité WCAG : A, AA, AAA
W3C — WCAG 2.2
106
critères d'audit dans le RGAA version 4.1
DINUM — RGAA 4.1

À propos de cet épisode

L'accessibilité numérique est la discipline qui vise à rendre les environnements web et applicatifs utilisables par toutes les personnes, quelles que soient leurs capacités. Elle concerne les personnes atteintes de déficiences visuelles, auditives, motrices ou cognitives, et repose sur des standards reconnus mondialement — les WCAG du W3C — ainsi que sur un cadre réglementaire national en France, le RGAA (Référentiel Général d'Amélioration de l'Accessibilité).

Dans cet épisode de Tendances INNO, le podcast Innovation de Docaposte, Olivier Keul, expert reconnu chez Temesis — cabinet de référence en audit d'accessibilité numérique — explique pourquoi la très grande majorité des sites web français ne répondent pas aux standards d'accessibilité, et pourquoi cette situation persiste malgré un cadre légal existant. Les animateurs Marine Adatto et Olivier Senot guident la conversation sur les obstacles concrets : lacunes de formation, erreurs de conception, absence de test avec les utilisateurs concernés.

L'enjeu n'est pas seulement juridique. Un web inaccessible représente une forme d'exclusion systémique pour des millions de personnes. Rendre un site accessible, c'est améliorer l'expérience de tous les utilisateurs : personnes âgées, utilisateurs mobiles, situations de lumière difficile ou de mains occupées bénéficient tous des mêmes améliorations. L'épisode explore les solutions pratiques et les changements culturels nécessaires pour que l'accessibilité devienne un réflexe de conception plutôt qu'une contrainte de mise en conformité.

Questions clés sur l'accessibilité numérique

Qu'est-ce que l'accessibilité numérique et à qui s'adresse-t-elle ?
L'accessibilité numérique désigne la conception de sites web, d'applications et de contenus numériques permettant à toute personne de les utiliser, y compris celles en situation de handicap visuel, auditif, moteur ou cognitif. Elle concerne aussi les personnes âgées, dont les capacités évoluent avec le temps. En pratique, un site accessible repose sur des alternatives textuelles aux images, une navigation possible au clavier, des contrastes suffisants et une structure lisible par les technologies d'assistance comme les lecteurs d'écran. L'accessibilité bénéficie en réalité à tous les utilisateurs, quelle que soit leur situation.
Qu'est-ce que le RGAA et qui est concerné en France ?
Le RGAA (Référentiel Général d'Amélioration de l'Accessibilité) est le cadre technique officiel français qui traduit les standards internationaux WCAG en critères de conformité applicables au contexte réglementaire français. Dans sa version 4.1, il comprend 106 critères regroupés en 13 thématiques. Il s'applique obligatoirement aux administrations publiques, aux collectivités territoriales et aux entreprises délégataires de service public. Avec l'entrée en vigueur de l'Acte européen d'accessibilité (directive UE 2019/882) en juin 2025, une large part du secteur privé sera également soumise à des obligations de conformité.
Quels sont les standards internationaux de l'accessibilité web ?
Les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines), publiées par le W3C, constituent la référence mondiale. Leur version 2.2, publiée en octobre 2023, définit des critères organisés selon quatre principes : le contenu doit être Perceptible, Utilisable, Compréhensible et Robuste (acronyme POUR). Ces critères s'appliquent selon trois niveaux — A (minimal), AA (standard recommandé pour la conformité légale) et AAA (optimal). Les WCAG servent de socle à la plupart des réglementations nationales, dont le RGAA en France et l'EN 301 549 en Europe.
Pourquoi si peu de sites web sont-ils accessibles malgré les obligations légales ?
Plusieurs raisons expliquent le fossé entre les obligations et la réalité. L'accessibilité est trop souvent intégrée comme une correction a posteriori plutôt que comme une composante de la conception initiale, ce qui multiplie les coûts de mise en conformité. Les équipes de développement et de design manquent fréquemment de formation spécifique. Les tests avec des utilisateurs en situation de handicap restent rares dans les processus de recette. Olivier Keul, expert chez Temesis et invité du podcast Tendances INNO de Docaposte, souligne que l'absence de contrôle systématique et de culture de l'inclusion au sein des organisations est l'un des principaux obstacles.
Qu'est-ce qu'une déclaration d'accessibilité et comment la rédiger ?
La déclaration d'accessibilité est un document public obligatoire pour les organismes soumis au RGAA. Elle indique le niveau de conformité atteint (total, partiel ou non conforme), liste les contenus non accessibles et les raisons, précise les alternatives disponibles et fournit un moyen de contact pour signaler un problème. Elle doit être mise à jour à chaque audit ou modification substantielle du site. La DINUM (Direction Interministérielle du Numérique) met à disposition des modèles et des outils pour aider à la rédaction de ce document.
Quelles technologies d'assistance permettent d'accéder au web en situation de handicap ?
Les technologies d'assistance (TA) sont des outils qui permettent aux personnes en situation de handicap d'interagir avec les interfaces numériques. Les lecteurs d'écran (NVDA, JAWS, VoiceOver) restituent le contenu textuel à l'oral ou en braille pour les personnes malvoyantes. Les plages braille traduisent le texte en braille tactile. Les logiciels de commande vocale (Dragon NaturallySpeaking) permettent de naviguer sans clavier. Les outils de zoom et de contraste élevé facilitent la lecture pour les personnes malvoyantes. Un site accessible doit être compatible avec l'ensemble de ces outils grâce à une structure HTML sémantique et à l'utilisation des attributs ARIA.
L'accessibilité numérique est-elle un coût ou un investissement pour les entreprises ?
Intégrée dès la phase de conception, l'accessibilité numérique représente un coût marginal par rapport à une mise en conformité réalisée sur un produit existant. Elle améliore la qualité globale du code et de l'expérience utilisateur, réduit les risques juridiques liés à une non-conformité, et élargit le marché potentiel. Les améliorations apportées profitent à tous les utilisateurs — personnes âgées, contextes d'utilisation dégradés, utilisateurs mobiles. Sur le plan RSE, l'accessibilité numérique est un indicateur croissant pris en compte par les partenaires, investisseurs et clients dans leur évaluation des engagements sociaux d'une organisation.
Comment réaliser un audit d'accessibilité numérique ?
Un audit d'accessibilité numérique consiste à évaluer un site ou une application au regard des critères du RGAA ou des WCAG. Il combine une analyse automatique (à l'aide d'outils comme Axe, WAVE ou Lighthouse) et une analyse manuelle réalisée par un expert qui teste la navigation au clavier, l'utilisation des lecteurs d'écran et la pertinence des alternatives textuelles. L'audit manuel est indispensable car les outils automatiques ne détectent qu'une partie des problèmes d'accessibilité. L'audit aboutit à un rapport de conformité et à une liste priorisée de corrections. Des cabinets spécialisés comme Temesis réalisent ces audits et accompagnent les organisations dans leur démarche de mise en conformité.

Questions complémentaires

L'Acte européen d'accessibilité (European Accessibility Act — directive UE 2019/882) est une directive européenne qui étend les obligations d'accessibilité numérique au secteur privé à partir de juin 2025. Elle concerne les entreprises dont le chiffre d'affaires annuel dépasse dix millions d'euros ou qui emploient plus de dix salariés, active dans des secteurs tels que le e-commerce, la banque, les transports et les communications électroniques. Les produits et services couverts doivent être conformes à la norme harmonisée EN 301 549, qui reprend les critères des WCAG 2.1 niveau AA. Les États membres disposent d'une marge d'appréciation sur les mécanismes de contrôle et les sanctions applicables.
L'UX (expérience utilisateur) vise à optimiser la satisfaction et l'efficacité d'utilisation d'une interface pour un large public. L'accessibilité numérique cible spécifiquement la capacité des personnes en situation de handicap à utiliser un produit numérique. Ces deux disciplines sont complémentaires : une bonne accessibilité améliore l'UX pour tous, et une bonne UX facilite la mise en accessibilité. Cependant, l'accessibilité répond à des obligations légales formalisées et implique des contraintes techniques précises (balisage sémantique, compatibilité avec les technologies d'assistance) que l'UX classique ne couvre pas systématiquement.
La formation à l'accessibilité numérique doit être adaptée à chaque profil : les développeurs apprennent le balisage sémantique HTML, les attributs ARIA et les tests avec les lecteurs d'écran ; les designers intègrent les règles de contraste, de typographie et de hiérarchie visuelle ; les chefs de projet comprennent les obligations légales et les critères d'audit. Des ressources gratuites existent, notamment celles de la DINUM, des formations certifiantes proposées par des organismes spécialisés, et des MOOCs dédiés. L'implication régulière d'utilisateurs en situation de handicap dans les phases de test est également une méthode pédagogique particulièrement efficace pour sensibiliser les équipes.
Les problèmes d'accessibilité les plus fréquents et impactants identifiés par les audits concernent : l'absence d'alternatives textuelles aux images (attribut alt manquant ou vide), des formulaires sans étiquettes (labels) correctement associées, une navigation impossible au clavier (absence de focus visible), des contrastes insuffisants entre le texte et l'arrière-plan, des documents PDF non balisés, et l'absence de sous-titres sur les vidéos. Corriger ces problèmes en priorité permet d'améliorer significativement l'expérience des utilisateurs en situation de handicap avec un effort de développement raisonnable.
Plusieurs outils automatiques permettent de détecter une partie des problèmes d'accessibilité : Axe DevTools (extension navigateur), WAVE (Web Accessibility Evaluation Tool), Lighthouse (intégré dans Chrome DevTools) et SortSite. Ces outils identifient les erreurs détectables automatiquement, soit environ 30 à 40 % des problèmes réels. L'analyse manuelle avec un lecteur d'écran (NVDA sous Windows, VoiceOver sur Mac et iOS) reste indispensable pour évaluer la qualité de navigation réelle. Des outils de vérification du contraste comme le Contrast Checker de WebAIM complètent le dispositif. Aucun outil automatique ne peut se substituer à un audit expert.

Intervenants

Olivier Keul

Expert en accessibilité numérique chez Temesis

Invité

Marine Adatto

Animatrice — Tendances INNO, Docaposte

Animatrice

Olivier Senot

Animateur — Tendances INNO, Docaposte

Animateur