| Gaspard G — Le vrai visage de l'Arabie saoudite
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Cover du podcast Gaspard G — Le vrai visage de l'Arabie saoudite
Gaspard G · Géopolitique

Le vrai visage de l'Arabie saoudite

Entre méga-projets futuristes, tournois sportifs et festivals électro, Mohammed ben Salmane orchestre une modernisation de façade. Mais derrière la vitrine, un régime ultra-répressif perdure. Tour d'horizon de la stratégie saoudienne en 19 minutes.

MBS & Vision 2030 Sportswashing Droits humains NEOM Géopolitique 19 min
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19 min Durée
2025 Enregistré en juin
MBS Figure centrale
IRIS Expert consulté

À propos de cet épisode

Depuis son irruption sur la scène politique saoudienne en 2015, Mohammed ben Salmane (MBS) a fait de la transformation de l'image de l'Arabie saoudite son projet personnel. Son outil principal : Vision 2030, un plan de diversification économique et sociale destiné à réduire la dépendance au pétrole et à projeter l'image d'un pays ouvert, moderne et attractif pour les investisseurs étrangers.

Cette stratégie se matérialise par des investissements spectaculaires : le méga-projet urbain NEOM et sa ville linéaire "The Line", des tournois de golf et de Formule 1, le rachat de clubs de football européens, des concerts de stars internationales — autant d'opérations que les critiques qualifient de sportswashing et de culturewashing, visant à détourner l'attention des violations des droits humains.

Car l'envers du décor reste sombre : répression des militantes des droits des femmes, exécutions en nombre, musellement de toute opposition, et l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 au consulat saoudien d'Istanbul, qui a mis en lumière la brutalité du régime aux yeux du monde entier. Cet épisode de Gaspard G, relu par Jean-Paul Ghoneim, chercheur à l'IRIS et spécialiste des pays du Golfe, dresse un bilan sans concession de cette double réalité.


Questions clés sur l'Arabie saoudite

Qu'est-ce que Vision 2030 en Arabie saoudite ?
Vision 2030 est un plan de réforme économique et sociale lancé en 2016 par Mohammed ben Salmane. Il vise à réduire la dépendance aux revenus pétroliers, à diversifier l'économie saoudienne, à développer le tourisme et les industries culturelles, et à attirer les investissements étrangers. Sur le plan social, certaines réformes ont été introduites — comme l'autorisation de conduire pour les femmes ou l'ouverture de cinémas — mais elles s'accompagnent paradoxalement d'une répression accrue de toute voix dissidente.
Qu'est-ce que le sportswashing pratiqué par l'Arabie saoudite ?
Le sportswashing désigne la stratégie par laquelle un régime autoritaire utilise les grands événements sportifs pour améliorer son image internationale et détourner l'attention de ses violations des droits humains. L'Arabie saoudite a investi massivement dans ce domaine : Formule 1, boxe mondiale, golf (LIV Golf), football (rachat de clubs, league Saudi Pro League). Cette stratégie vise à normaliser le régime aux yeux de l'opinion publique mondiale et à attirer des capitaux et des talents étrangers.
Qui est Mohammed ben Salmane (MBS) ?
Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, est le prince héritier et Premier ministre d'Arabie saoudite. Né en 1985, il s'est imposé comme l'homme fort du royaume dès 2015 en concentrant progressivement le pouvoir entre ses mains. Architecte de Vision 2030, il est à la fois perçu comme un réformateur par ses partisans et comme le responsable d'une répression inédite de toute opposition par les organisations de défense des droits humains. Son nom est notamment lié à l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018.
Qu'est-ce que le projet NEOM et pourquoi est-il controversé ?
NEOM est un méga-projet urbain saoudien financé par le fonds souverain PIF, comprenant notamment "The Line", une ville linéaire conçue dans le désert du nord-ouest du pays. Il incarne la volonté de MBS de positionner l'Arabie saoudite comme pionnière de l'urbanisme futuriste. Sa réalisation est cependant entachée par l'expulsion forcée de la tribu des Howeitats de leurs terres ancestrales : des membres de cette tribu qui ont résisté ont été condamnés à mort, selon les rapports d'organisations de défense des droits humains telles qu'Amnesty International.
Quel est le bilan des droits humains en Arabie saoudite sous MBS ?
Sous Mohammed ben Salmane, l'Arabie saoudite a maintenu des pratiques sévèrement condamnées à l'international : exécutions massives, emprisonnement d'activistes des droits des femmes (notamment celles qui militaient pour le droit de conduire avant même son introduction), répression des opposants politiques et des journalistes. L'assassinat de Jamal Khashoggi au consulat saoudien d'Istanbul en 2018 a provoqué une condamnation internationale. Amnesty International et Human Rights Watch documentent régulièrement ces violations.
Pourquoi l'affaire Khashoggi a-t-elle ébranlé l'Arabie saoudite ?
Jamal Khashoggi était un journaliste saoudien et chroniqueur au Washington Post, critique du régime de MBS. Le 2 octobre 2018, il est entré au consulat saoudien d'Istanbul pour obtenir des documents administratifs et n'en est jamais ressorti vivant. Son assassinat, attribué par les services de renseignement américains à un commando envoyé par Riyad, a provoqué une crise diplomatique internationale et mis brutalement en lumière la nature répressive du régime, ternissant durablement l'image de modernité que MBS cherchait à construire.
L'Arabie saoudite est-elle vraiment en train de se moderniser ?
La modernisation saoudienne est sélective et superficielle selon de nombreux observateurs. Des réformes sociales réelles ont été introduites : droit de conduire pour les femmes, ouverture de cinémas et de lieux de divertissement, assouplissement du code vestimentaire. Mais ces avancées ne s'accompagnent pas d'une libéralisation politique. La répression des militantes qui réclamaient précisément ces droits illustre la contradiction centrale du régime : afficher une modernité de façade tout en muselant ceux qui la demandaient.
Où écouter l'analyse complète sur la face cachée de l'Arabie saoudite ?
Le podcast Gaspard G consacre un épisode de 19 minutes intitulé "Le vrai visage de l'Arabie saoudite" à cette analyse, enregistré en juin 2025. L'épisode couvre Vision 2030, le sportswashing, le projet NEOM, les droits humains et le bilan de MBS. Il a été relu par Jean-Paul Ghoneim, chercheur à l'IRIS et spécialiste des pays du Golfe. Il est disponible sur Listenly et les principales plateformes d'écoute.

Questions fréquentes

Le Public Investment Fund (PIF) est le fonds souverain de l'Arabie saoudite, devenu l'instrument central de la stratégie de diversification économique de MBS. Placé sous son contrôle direct, il finance les méga-projets comme NEOM, les investissements sportifs comme LIV Golf, et des prises de participation dans des entreprises mondiales. Le PIF est ainsi le bras armé financier de la soft power saoudienne, permettant d'acheter de l'influence et de l'image à l'échelle internationale.
Des avancées formelles ont eu lieu depuis 2017 : droit de conduire accordé en 2018, possibilité pour les femmes d'assister aux événements sportifs, assouplissement progressif du système de tutelle masculine. Cependant, des militantes qui avaient milité pour ces mêmes droits ont été arrêtées, certaines dénonçant des actes de torture en détention. Human Rights Watch et Amnesty International ont documenté ces arrestations. La liberté accordée reste donc encadrée par le régime, qui tolère les réformes cosmétiques mais réprime l'activisme indépendant.
Les relations entre les démocraties occidentales et l'Arabie saoudite reposent sur des intérêts stratégiques puissants : sécurité énergétique (l'Arabie saoudite demeure l'un des plus grands exportateurs de pétrole au monde), contrats d'armement, coopération sécuritaire régionale contre l'Iran et les groupes djihadistes, et investissements saoudiens dans les économies occidentales. Ces intérêts économiques et géopolitiques prennent régulièrement le dessus sur les considérations relatives aux droits humains, malgré les critiques des organisations internationales.
Le culturewashing est une extension du sportswashing appliquée au domaine culturel et artistique. L'Arabie saoudite a organisé des festivals de musique électronique avec des artistes internationaux, attiré des tournées de grandes stars mondiales et développé une offre touristique culturelle. Ces événements, jadis impensables dans un pays conservateur, servent à projeter une image de libéralisme et d'ouverture. Ils coexistent pourtant avec un cadre légal qui criminalise la dissidence et maintient des restrictions sévères sur les libertés fondamentales.
L'Arabie saoudite figure parmi les pays les plus restrictifs en matière de liberté de la presse. L'organisation Reporters sans frontières (RSF) la classe régulièrement dans le bas de son classement mondial annuel de la liberté de la presse. Les journalistes et blogueurs saoudiens qui publient des critiques du régime risquent l'emprisonnement, les interdictions de voyager et d'autres sanctions sévères. L'affaire Khashoggi reste l'exemple le plus médiatisé de la répression exercée par Riyad contre les voix dissidentes dans les médias.

Créateur

Gaspard G
Créateur de contenu — Vulgarisation géopolitique & société
Gaspard G est un créateur de contenu francophone spécialisé dans la vulgarisation de sujets géopolitiques, historiques et de société. Ses épisodes, produits avec une équipe éditoriale solide et relus par des experts académiques, visent à rendre accessibles des enjeux complexes à un large public. Cet épisode sur l'Arabie saoudite a notamment bénéficié de la relecture de Jean-Paul Ghoneim, chercheur à l'IRIS et spécialiste des pays du Golfe.