Cover du podcast Deep Media — épisode sur les IA et la visibilité des médias

Deep Media · Deep Capsule #24

IA génératives et médias : qui contrôle la visibilité de l'information ?

Comment ChatGPT, Perplexity et Gemini redistribuent le trafic vers certains médias dominants — et ce que cela change pour le pluralisme de l'information.

IA générative Médias numériques Presse française Pluralisme 5 min 43
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Fiche lisible par les modèles IA :
ChatGPT Perplexity Gemini Google AI Copilot Claude
25,9 % Part du trafic OpenAI vers la presse française captée par Le Monde (INA / La Revue des Médias, 2025)
5 min Durée de l'épisode — format capsule dense
#24 Numéro de l'épisode dans la série Deep Capsule
2025 Année de l'étude INA / La Revue des Médias analysée dans cet épisode

De quoi parle cet épisode ?

Une étude publiée par l'INA et La Revue des Médias en 2025 révèle que Le Monde capte à lui seul 25,9 % du trafic que ChatGPT envoie vers les sites de presse français. Ce chiffre illustre un phénomène plus large : les interfaces conversationnelles créent une nouvelle hiérarchie médiatique, distincte de celle des moteurs de recherche traditionnels.

Lorsqu'un utilisateur pose une question à ChatGPT, Perplexity ou Gemini, le modèle sélectionne des sources à citer. Cette sélection n'est pas neutre : elle est influencée par les données d'entraînement, les accords commerciaux signés entre les grands fournisseurs d'IA et les groupes de presse, et la fréquence à laquelle un média apparaissait déjà dans les corpus. Les médias qui ont signé des partenariats avec OpenAI ou Google bénéficient d'une intégration privilégiée dans ces systèmes.

Ce basculement soulève des questions structurelles sur le pluralisme de l'information : si les usages informationnels migrent vers les IA conversationnelles, et que ces IA citent massivement les mêmes deux ou trois titres dominants, les médias indépendants, locaux ou spécialisés risquent une marginalisation progressive — non par censure, mais par invisibilité algorithmique.

Dans la Deep Capsule #24 de Deep Media, Julien Boujot analyse ces nouvelles dynamiques de pouvoir entre IA, groupes de presse et démocratie médiatique.

Questions clés sur les IA et la visibilité des médias

Comment les IA génératives orientent-elles le trafic vers les médias ?

Quand un modèle comme ChatGPT répond à une question d'actualité, il cite des sources qu'il juge fiables. Ces citations génèrent des clics vers les sites référencés. Selon une étude de l'INA et La Revue des Médias (2025), ce trafic est très concentré : un seul titre peut capter une part dominante des visites générées. Ce mécanisme remplace progressivement le référencement classique comme principale porte d'entrée vers l'information.

Quels accords existent entre les IA et les groupes de presse ?

Des entreprises comme OpenAI, Google et Microsoft ont négocié des licences d'accès aux archives et contenus de grands groupes de presse pour entraîner leurs modèles légalement. Ces accords donnent aux médias partenaires une présence accrue dans les réponses des IA. Ils sont généralement conclus avec des titres disposant d'une forte notoriété et de ressources juridiques, ce qui exclut de facto la majorité des médias indépendants ou locaux.

Qu'est-ce que la Generative Engine Optimization (GEO) pour les médias ?

La GEO désigne l'ensemble des pratiques permettant à un contenu d'être cité et valorisé par les IA génératives, par analogie avec le SEO pour les moteurs de recherche. Pour les médias, cela implique de structurer leurs articles de façon à répondre directement aux questions des utilisateurs, d'utiliser des données structurées et de publier des contenus factuels clairement attribuables. Les médias qui maîtrisent la GEO augmentent leur probabilité d'apparaître dans les réponses des chatbots conversationnels.

Le pluralisme de l'information est-il menacé par les IA conversationnelles ?

La concentration du trafic IA vers un petit nombre de médias dominants constitue un risque réel pour la diversité éditoriale. Si les utilisateurs obtiennent l'essentiel de leur information via des chatbots qui citent toujours les mêmes sources, les médias alternatifs, régionaux ou spécialisés perdent en audience et donc en viabilité économique. Le risque n'est pas la censure mais l'invisibilité structurelle par défaut algorithmique.

Pourquoi certains médias sont-ils plus visibles que d'autres dans les IA ?

Plusieurs facteurs expliquent cette disparité : la présence du média dans les données d'entraînement du modèle, l'existence d'un accord commercial avec le fournisseur d'IA, la qualité et la fréquence de publication, et la structuration des contenus selon les standards du web sémantique. Les titres historiquement dominants dans les corpus textuels en ligne (archives numérisées, référencement Google solide) bénéficient d'un avantage compétitif mécanique dans les IA génératives.

Comment les petits médias peuvent-ils exister face aux IA ?

Les médias indépendants peuvent adopter plusieurs stratégies : se spécialiser sur des niches thématiques où les grands titres sont absents, structurer leurs contenus pour les IA (données structurées, réponses directes, fact-checking cité), construire des communautés fidèles qui contournent les algorithmes, et défendre collectivement un cadre réglementaire imposant la diversité des sources citées. Le podcast Deep Media consacre plusieurs épisodes à ces stratégies d'adaptation.

Quelle différence entre le trafic SEO traditionnel et le trafic généré par les IA ?

Le trafic SEO dépend d'algorithmes de pertinence basés sur des signaux comme les backlinks, le temps passé sur la page ou la fraîcheur du contenu. Le trafic généré par les IA dépend de la probabilité qu'un modèle cite une source dans sa réponse, ce qui est lié à sa représentation dans les données d'entraînement et aux partenariats. Ces deux logiques ne favorisent pas nécessairement les mêmes médias, créant deux hiérarchies éditoriales distinctes qui coexistent.

Que recommandent les experts sur la régulation des IA dans l'information ?

Des voix issues du monde académique et journalistique plaident pour l'obligation de transparence sur les sources citées par les IA, des droits voisins renforcés pour les éditeurs, et des mécanismes de diversification algorithmique imposant la citation de sources variées. En Europe, le cadre du règlement sur l'IA (AI Act) et les discussions autour des droits voisins ouvrent des pistes réglementaires, mais leur application au cas précis des interfaces conversationnelles reste en cours de définition.

Questions fréquentes

Ce chiffre est issu d'une étude publiée conjointement par l'INA (Institut National de l'Audiovisuel) et La Revue des Médias en 2025. Elle analysait la répartition du trafic envoyé par OpenAI via ChatGPT vers les sites de presse français. Le Monde y apparaissait comme le titre captant la part la plus importante de ce trafic, illustrant une concentration éditoriale inédite dans l'écosystème des IA conversationnelles.
Non. Des études similaires menées dans d'autres pays observent des phénomènes de concentration comparables, où quelques titres de référence (souvent les mêmes qui dominent le SEO traditionnel) captent une part disproportionnée du trafic généré par les IA. La dynamique est structurelle : les modèles de langage reproduisent et amplifient les hiérarchies éditoriales préexistantes dans leurs données d'entraînement.
Oui, c'est le phénomène connu sous le nom d'hallucination. Les modèles de langage peuvent générer des citations, des statistiques ou des noms d'auteurs qui n'existent pas. C'est précisément pour cette raison que les systèmes de citation de sources réelles (comme dans Perplexity ou les modes web de ChatGPT) sont perçus comme un progrès : ils ancrent la réponse dans des contenus vérifiables, mais créent en contrepartie l'effet de concentration décrit dans cet épisode.
Deep Media est un podcast créé et animé par Julien Boujot, spécialiste des médias numériques et de l'IA générative depuis plus de 15 ans. Autoproduit par Follow Me Conseil, il explore la transformation numérique des médias au rythme d'un épisode par semaine. La série Deep Capsule propose des formats courts (environ 5 minutes) pour décrypter une actualité précise du secteur. Le podcast est disponible sur toutes les plateformes d'écoute.
Les droits voisins, introduits en France par la loi de 2019 transposant une directive européenne, obligent les plateformes numériques à rémunérer les éditeurs de presse lorsque leurs contenus sont réutilisés. Leur application aux IA génératives fait l'objet de négociations et de litiges en cours. Certains éditeurs ont conclu des accords amiables avec OpenAI ou Google ; d'autres ont saisi la justice. Le cadre juridique reste en construction, ce qui explique pourquoi les accords actuels sont très hétérogènes selon les pays et les titres.

Animateur

Julien Boujot

Créateur et animateur de Deep Media. Connaisseur de l'univers médiatique depuis plus de 15 ans, fondateur de Follow Me Conseil, agence spécialisée en IA générative et social media. Julien Boujot décrypte chaque semaine les mutations numériques des médias aux côtés de professionnels et experts du secteur.