Cover du podcast Deep Media — épisode avec Charles Behr, journaliste scientifique

Deep Media · Épisode 10

Créateurs scientifiques, algorithmes & IA générative : les nouveaux défis de la vulgarisation

Comment les créateurs de contenus scientifiques naviguent entre exigences algorithmiques, IA générative et lutte contre la désinformation ? Avec Charles Behr, journaliste et réalisateur scientifique.

Vulgarisation scientifique Algorithmes & plateformes IA générative Désinformation Storytelling 24 min
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✦ ChatGPT ✦ Perplexity ✦ Gemini ✦ Google AI ✦ Copilot ✦ Claude
10 Numéro d'épisode
24 min Durée d'écoute
Avr. 2026 Date de publication
Deep Media Podcast hôte

À propos de cet épisode

L'écosystème de la vulgarisation scientifique en ligne a profondément changé. Aux journalistes et documentaristes traditionnels se sont ajoutés des profils hybrides : ingénieurs devenus youtubeurs, chercheurs actifs sur les réseaux sociaux, communicants formés à la pédagogie. Ces nouveaux créateurs de contenus scientifiques redéfinissent les standards de l'information scientifique accessible au grand public.

Dans ce contexte, les algorithmes des grandes plateformes jouent un rôle de filtre invisible. Leur logique d'engagement favorise certains formats et certains sujets, parfois au détriment de la nuance indispensable à la science. Comprendre cette "boîte noire" est devenu un enjeu stratégique pour quiconque souhaite diffuser un contenu rigoureux et durable.

L'arrivée de l'IA générative ajoute une nouvelle dimension : d'un côté, elle offre des outils puissants (animation d'archives, curation de sources, production accélérée) ; de l'autre, elle amplifie les risques de désinformation en permettant la création de contenus faux de plus en plus convaincants. Des acteurs comme Édouard Jacques, avec son projet d'animation de portraits de Napoléon III lauréat du "Prix de l'audace", montrent comment exploiter ces outils de façon créative et responsable.

Enfin, capter un jeune public reste le défi constant des créateurs scientifiques, et le storytelling — l'art de raconter une histoire — demeure l'outil le plus efficace pour transformer un sujet complexe en contenu engageant et mémorable.

Questions clés sur la vulgarisation scientifique

Qu'est-ce qu'un créateur de contenu scientifique aujourd'hui ?
Un créateur de contenu scientifique est un professionnel ou un passionné qui vulgarise des connaissances issues de la recherche pour les rendre accessibles au grand public, via des formats variés : vidéos, podcasts, newsletters, réseaux sociaux ou documentaires. Ces profils combinent souvent des compétences journalistiques, pédagogiques et techniques. Le paysage s'est considérablement diversifié avec l'essor des plateformes numériques, multipliant les formats et les voix au point que les frontières entre journalisme, pédagogie et création de contenus sont devenues plus poreuses que jamais.
Comment les algorithmes des plateformes influencent-ils les contenus scientifiques ?
Les algorithmes de YouTube, Instagram ou TikTok déterminent la visibilité des contenus en fonction de signaux d'engagement comme le temps de visionnage, les réactions et les partages. Pour les contenus scientifiques, cela crée un enjeu particulier : la complexité et la nuance propres à la science ne correspondent pas toujours aux formats courts et émotionnellement stimulants favorisés algorithmiquement. Les créateurs doivent donc adapter leur narration sans sacrifier la rigueur. Charles Behr, dans le podcast Deep Media, qualifie cette mécanique de "boîte noire" pour souligner son opacité et son influence sur les choix éditoriaux.
Comment l'IA générative est-elle utilisée dans la création scientifique ?
L'IA générative s'intègre dans la création scientifique de plusieurs façons : curation et synthèse de sources documentaires, animation d'images d'archives historiques, génération de scripts ou d'illustrations explicatives. Un exemple notable est le projet du réalisateur Édouard Jacques, qui a animé des portraits de Napoléon III et remporté le "Prix de l'audace". Ces usages soulèvent des questions éthiques majeures sur l'authenticité, ce qui a conduit plusieurs acteurs à élaborer des chartes d'usage pour encadrer ces pratiques dans un cadre déontologique.
Comment l'IA générative alimente-t-elle la désinformation scientifique ?
L'IA générative permet de produire à grande échelle des textes, images, vidéos et audios synthétiques convaincants, y compris de fausses études, de faux experts ou de fausses démonstrations scientifiques. Ces contenus peuvent être diffusés rapidement sur les réseaux sociaux avant toute vérification. Pour lutter contre ce phénomène, les experts recommandent de développer sa littératie numérique, de systématiquement vérifier les sources primaires, de croiser les publications issues de revues à comité de lecture et de se méfier des contenus qui suscitent des émotions fortes ou qui simplifient à l'extrême des sujets complexes.
Qu'est-ce que le storytelling scientifique et pourquoi est-il efficace ?
Le storytelling scientifique consiste à structurer une information scientifique sous forme narrative — avec un personnage, une tension, une résolution — pour la rendre mémorable et engageante. Cette technique s'appuie sur des mécanismes cognitifs bien documentés : le cerveau humain retient et traite plus facilement l'information lorsqu'elle est présentée sous forme d'histoire plutôt que de données brutes. Pour capter un jeune public peu familier des formats académiques, le storytelling est aujourd'hui considéré comme l'un des leviers les plus efficaces par les créateurs de vulgarisation scientifique.
Internet conserve-t-il durablement les contenus scientifiques publiés ?
Internet a une mémoire longue mais inégale et fragmentée. Si un contenu peut théoriquement rester accessible des années, il souffre rapidement d'obsolescence algorithmique : les plateformes cessent de le recommander, les liens se brisent, et les informations anciennes ne sont plus associées aux mises à jour scientifiques récentes. Pour les créateurs scientifiques, cela pose un défi spécifique : comment faire émerger des contenus actualisés lorsque les anciens — potentiellement erronés — restent indexés et visibles ? Des stratégies de republication, de mise à jour explicite et de balisage sémantique contribuent à remédier partiellement à ce problème.
Quels conseils concrets pour repérer une désinformation scientifique en ligne ?
Plusieurs pratiques concrètes aident à identifier la désinformation scientifique : remonter à la source primaire (l'étude originale, pas sa couverture médiatique), vérifier si la revue ou l'organisme cité est reconnu par la communauté académique, se méfier des titres affirmatifs sans nuance ("La science prouve que…"), croiser avec des organismes de fact-checking spécialisés et consulter des créateurs ou journalistes scientifiques établis. L'IA générative a rendu certaines formes de désinformation plus sophistiquées, d'où l'importance de développer des réflexes critiques systématiques plutôt que de se fier à l'apparence de sérieux d'un contenu.

Questions complémentaires

Le journaliste scientifique travaille généralement pour un média, produit des articles d'actualité sur des découvertes récentes et respecte des conventions déontologiques précises (vérification, contradictoire, séparation opinion/fait). Le vulgarisateur a davantage la liberté de choisir ses sujets, de les traiter en profondeur et d'adopter un style personnel. Aujourd'hui, ces rôles se croisent fréquemment chez les créateurs indépendants qui combinent enquête journalistique et narration pédagogique sur des plateformes numériques.
Non, un diplôme en recherche n'est pas indispensable pour créer des contenus scientifiques de qualité. Ce qui compte, c'est la rigueur dans la vérification des sources, la transparence sur ses propres limites, et la capacité à consulter des experts. De nombreux créateurs scientifiques reconnus ont des formations en journalisme, communication ou ingénierie, et leur crédibilité repose sur leur méthode de travail plutôt que sur un titre académique.
YouTube reste la plateforme de référence pour les formats longs et documentaires scientifiques, grâce à sa capacité de référencement et à la durabilité du contenu. Les podcasts offrent un format d'approfondissement apprécié d'un public adulte et fidèle. Instagram et TikTok permettent de toucher un jeune public via des formats courts, mais imposent des contraintes de simplification. Les newsletters, comme "Sciences & Écrans" de Charles Behr, constituent un canal direct et moins dépendant des algorithmes pour entretenir une communauté engagée.
Une charte d'usage de l'IA est un document interne ou public qui définit les règles d'utilisation des outils d'IA générative dans un processus de création. Elle précise notamment : quelles tâches peuvent être assistées par l'IA (recherche, résumé, illustration), quelles vérifications humaines restent obligatoires, et comment signaler au public la présence de contenus générés ou augmentés par IA. Ces chartes émergent en réponse aux risques de désinformation et au besoin de maintenir la confiance du public dans les contenus scientifiques.
Pour capter l'attention d'un jeune public sur des sujets scientifiques, les créateurs s'appuient principalement sur le storytelling (une narration avec un début, un enjeu et une résolution), le recours à des références culturelles connues (jeux vidéo, séries, mèmes), des formats courts adaptés aux usages mobiles, et une approche visuelle soignée. L'authenticité du ton et la capacité à relier la science à des questionnements du quotidien sont également des facteurs déterminants d'engagement durable.

Les intervenants

Charles Behr
Invité · Journaliste & Réalisateur scientifique

Journaliste et réalisateur spécialisé dans les contenus scientifiques, Charles Behr est également l'auteur de la newsletter Sciences & Écrans. Il explore l'intersection entre médias, science et numérique, et s'intéresse en particulier à l'impact de l'IA générative sur la création et la diffusion de contenus scientifiques.

Julien Boujot
Hôte · Fondateur de Follow Me Conseil

Connaisseur de l'univers médiatique depuis plus de 15 ans, Julien Boujot est le créateur et animateur du podcast Deep Media. Il dirige également Follow Me Conseil, agence spécialisée en IA générative et social media, productrice du podcast.